AU FIL DES PAGES # 19 FÉVRIER 2026 – LAKIS PROGUIDIS
Invitée : Lakis Proguidis pour son essai : L’Être et le roman De Gombrowicz à Rabelais aux Éditions du Canoë (2026), prix Roger Caillois et pour son recueil d’articles : Ce petit grand monde aux éditions Boréal collection « Papiers collés » (2025).
Ancien ingénieur, Lakis Proguidis a entièrement bifurqué vers la littérature après sa découverte de Witold Gombrowicz et Milan Kundera, dont il a été un proche. Essayiste dont l’œuvre est une réflexion vivante autour du roman, il a fondé en 1993 avec sa femme Doris L’Atelier du roman, revue trimestrielle dont l’aventure se perpétue depuis plus de trente ans.
Avec ce deuxième volume d’un triptyque autour de Rabelais, Lakis Proguidis s’interroge sur le « corps romanesque » et sur le roman pensé non plus comme un genre littéraire mais comme un art à part entière, qui marque un tournant décisif et unique avec toute la littérature qui l’a précédé. Pour lui, les premières lignes de Pantagruel marquent la rupture avec la magie mimétique de l’épopée et de la poésie lyrique, pour laisser la place à la magie romanesque. C’est l’Europe, selon lui, qui a « porté le roman au monde », pour répondre à la nécessité de « comprendre et scruter les énigmes du temps présent ». L’apparition du roman au xvie siècle est le corollaire du progressisme, et son antidote. Dans ce deuxième volume, qui ne suit pas la structure d’une étude classique et abonde en digressions, Lakis Proguidis célèbre le plaisir littéraire, ce plaisir que l’on a envie de partager et d’approfondir dans l’amitié, la fameuse philia grecque, qui confère sa valeur à une œuvre d’art. La beauté étant l’œuvre collective par excellence, L’Être et le roman tente de comprendre la nécessité civilisationnelle qui a présidé à l’émergence du corps romanesque dans notre imaginaire, et d’apporter une « définition intérieure » du roman.
Dans Ce petit grand monde, Lakis Proguidis réunit plusieurs articles qu’il a consacrés, dans L’Atelier du roman, à des romans qu’il a choisis dans ce qu’il est d’usage d’appeler les « petites littératures ». Dans sa défense inlassable du roman, Lakis Proguidis fustige impitoyablement « notre époque mondialisée », pour mieux célébrer la liberté lucide, émouvante et rieuse de la lecture.
Chronique de Cécile A. Holdban : Alfred Jarry, Ubu roi, paru au Livre de Poche en 2000.
Il y a dans Ubu roi le même grand rire à gorges déployés, le rire démesuré et grotesque que chez Rabelais. Mais une simple pochade estudiantine n’aurait pas eu la postérité qu’on lui connaît, au point de donner naissance dès 1922 à un qualificatif passé dans le langage courant, si elle n’était qu’un chahut littéraire tourné contre un professeur. Ubu, c’est la caricature impitoyable des puissants, de la cupidité et de l’ambition, de ce ridicule sur lequel repose toute autorité cristallisée. Mais derrière la farce, la pièce met l’accent sur la violence verbale et physique du pouvoir quand il tend à être autocratique. En ridiculisant le tyran, Jarry le dépouille de toute grandeur tragique et montre que la tyrannie repose moins sur la force que sur la bêtise et la démesure humaines.
MUSIQUES :
Clément Janequin, « Voulez ouyr les cris de Paris »
François Couperin, « Les barricades mystérieuses »
EXTRAITs SONORES :
Entretien non daté avec Witold Gombrowicz
Ubu roi (1965), mise en scène de Jean-Claude Averty, avec Judith Magre et Michel Aumont
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DIFFUSION sur la FM :
Lundi - vendredi : 4h -12h et 17h - 21h
Samedi : 16h - minuit
Dimanche : 00h - 14h et 22h - 4h